


A l’identique de tous les sports de haut niveau, la Course au large est dotée d’un véritable partenariat médical au service de la performance et de la sécurité des coureurs.
Car ces marins du large méritent toute cette attention. Leur sport est une discipline à part qui nécessite des compétences multiples.
Il faut être bon marin, mais aussi excellent ingénieur pour résoudre tous les problèmes techniques qui peuvent survenir sur ces engins capables de dépasser parfois les 30 nœuds à la seule force du vent. Pour cela, il est essentiel de posséder des notions très complexes dans des domaines aussi différents que l’informatique, l’électronique, la mécanique, l’hydraulique ou les matériaux composites.
Mais la course au large demande encore plus. Ici, il va falloir tenir la cadence et durer, jour et nuit, au rythme d’un sprint effréné. Car une fois le coup de canon du départ donné, la compétition n’aura aucun répit jusqu'à la ligne d’arrivée. Cela peut durer 3 mois et plus dans un Vendée-Globe.
Il faut y intégrer une préparation rigoureuse et les moments de récupération. La bonne gestion de du sommeil, de la nutrition, de la forme physique, de l’ergonomie sont essentiels à la performance du coureur au large.
Ce sont des notions très spécifiques qui font toute l’originalité et la valeur de ce sport. Connaît-on une autre discipline où celui qui dort peu a les meilleures chances d’être en tête ?
Il faut dormir peu mais suffisamment pour éviter les conséquences du manque de sommeil. Dès 20h sans sommeil, les premiers troubles vont apparaître. Il est souvent bien difficile de s’en rendre compte. Erreurs tactiques, maladresses dans les manœuvres, mauvais réglages, les contre-performances en sont les signes les plus évocateurs.
Plus tard, si le coureur résiste au sommeil, des phénomènes hallucinatoires se déclenchent qui peuvent mettre la vie du marin en danger.
Pour un individu habitué à dormir d’une seule traite pendant la nuit, le passage en sommeil fractionné par période d’1h30 à 2h n’est pas toujours très facile. Sur des courses très intenses, il faut même réduire le temps de sommeil à 20 mn pour rester au contact des adversaires. C’est un apprentissage qui nécessite de longues périodes de navigation en solitaire.
Réussir à rentabiliser au maximum ses périodes de sommeil pour garder une vigilance à 100% est une clé essentielle pour espérer bien figurer dans une course au large, en particulier en solitaire.
La course au large impose beaucoup d’autres contraintes. Bien se nourrir en est une. Même si l’activité est ponctuelle quand il faut manœuvrer les voiles, la dépense physique globale augmente. On oublie souvent qu’un bateau bouge sans arrêt et qu’il faut en permanence compenser le déséquilibre. Le travail musculaire induit peut entraîner une dépense d’énergie quotidienne pouvant atteindre 800 à 1000 calories. La composition des repas est également très importante. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les sucres font dormir tandis que les apports protéiques stimulent l’éveil.
Il faut aussi apprendre à vivre dans la cabine étriquée avec le bruit permanent qui perturbe le sommeil et gène la concentration en particulier dans le travail de stratégie. Car depuis l’arrivée des pilotes automatiques fiables, la course se joue souvent à la table à cartes, dans les meilleurs choix de route. Il faut vivre aussi au milieu des chocs, de l’humidité, et assumer les efforts nécessaires pour mener à fond ce bateau qui ne demande qu’à escalader les vagues.
Ici les vainqueurs se découvrent dans l’intelligence de la prévention, dans la qualité de la gestion de soi-même, du bateau et de la météo et dans la capacité de se dépasser grâce à une motivation sans faille.
Mais parfois l’adversité est plus forte et c’est l’accident.
Quels moyens d’investigations doivent-ils avoir à bord ? Quelle formation médicale faut-il leur proposer ? Quels produits faut-il inclure dans la pharmacie ? Quels moyens de transmission doivent-ils utiliser ?
Face à un problème médical, il doit, seul, réunir les symptômes, les transmettre, puis réaliser les bons gestes de soins ou appliquer les prescriptions. Etre, en quelque sorte, «les yeux et les mains» du médecin.
Mais à travers leur aventure, ces marins sont exemplaires du management optimisé d’un équipage dans lequel la responsabilité individuelle est au service d’un succès collectif.
Cela implique une définition claire d’objectifs de performance dans lesquels chacun doit se reconnaître et s’intégrer. Puis une évaluation précise du rôle et des compétences des différents acteurs, avant l’établissement d’un projet commun d’améliorations dont chacun doit pouvoir mesurer régulièrement les progrès.
L’importance étant créer un esprit d’équipe autour d’une performance qui doit respecter l’individu en terme de sécurité et d’ergonomie.
Dans les courses en équipage c’est au skipper de jouer ce rôle difficile de manager pour créer un groupe soudé tout en ayant un regard permanent vers chacun des membres de l’équipe. L’adhésion au projet et la motivation sont des facteurs tout aussi importants que la réussite individuelle car c’est l’ensemble du groupe qui doit être «tiré vers le haut» par chacun de ses membres.
Depuis de nombreuses années, nous sommes à leurs côtés dans cette démarche globale qui respecte l’individu dans sa physiologie et gère son intégration dans un groupe réuni autour d’un même projet.
Isolé sur un bateau, cet équipage est l’image sans doute un peu extrême de l’équipage d’une entreprise, mais il existe des analogies qu’il est intéressant de mettre en évidence et de développer.
Seuls, loin du monde des hommes, les marins du large qu’ils soient en solitaire ou en équipage ont besoin de cette confiance en leur talent qui leur donne l’ambition de la performance.
Dr Jean-Yves CHAUVE





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