La Société Française de Galvanoplastie (SFG), filiale du groupe Albea, a fermé son site de Bernaville dans la Somme, supprimant 68 emplois dans un territoire déjà fragilisé.
Ce que les médias locaux ont largement documenté – la mobilisation syndicale, la manifestation à La Défense, les pertes financières du groupe – laisse entière une question plus structurelle : que devient le site industriel lui-même, et quelles garanties encadrent la reconversion d’un terrain potentiellement pollué par des décennies de traitement de surface ?
Fermeture de Bernaville : chronologie d’une décision du groupe Albea
La SFG était spécialisée dans la galvanoplastie, un procédé de dépôt électrolytique de métaux utilisé notamment dans l’industrie cosmétique et l’emballage. Le groupe Albea, qui en était l’actionnaire, a annoncé la fermeture du site en invoquant des pertes cumulées, chiffrées par les sources syndicales à 9 millions d’euros.
La FCE-CFDT a exigé des solutions alternatives au moment de l’annonce, sans parvenir à bloquer la procédure. Les derniers salariés ont quitté le site en décembre 2025, selon le Courrier Picard. Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) a accompagné les 68 salariés concernés, sans que les détails des mesures d’accompagnement individuelles ne soient rendus publics.
| Élément | Données disponibles |
|---|---|
| Site concerné | Bernaville (Somme, 80) |
| Groupe propriétaire | Albea |
| Emplois supprimés | 68 |
| Pertes déclarées | 9 millions d’euros |
| Date de fermeture effective | Décembre 2025 |
| Syndicat mobilisé | FCE-CFDT |
Galvanoplastie et pollution industrielle : le vrai coût du site de Bernaville
Un site de galvanoplastie n’est pas un entrepôt logistique qu’on réaffecte du jour au lendemain. Les procédés électrolytiques impliquent l’usage de métaux lourds (chrome, nickel, cadmium), de bains acides et de solvants dont les résidus s’infiltrent dans les sols et les nappes phréatiques sur des années d’activité.
La réglementation française impose à l’exploitant une remise en état du site après cessation d’activité, encadrée par la législation sur les Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Dans les faits, la dépollution d’un site de traitement de surface peut mobiliser des ressources financières considérables, et les délais s’étendent souvent sur plusieurs années selon la nature des contaminations détectées.
Pour Bernaville, aucune information publique ne précise à ce stade l’état du diagnostic de pollution, ni qui – Albea ou une entité distincte – assumera la charge financière de la remédiation. C’est précisément ce silence qui conditionne toute perspective de reconversion.

Reconversion du site : repreneur industriel ou friche dans la Somme ?
La question d’un repreneur potentiel reste ouverte. Plusieurs dispositifs nationaux existent pour faciliter la réindustrialisation de friches : le programme « Sites industriels clés en main » piloté par le gouvernement vise à labelliser des terrains prêts à accueillir un investisseur, avec diagnostics environnementaux, raccordements et permis de construire anticipés.
Le site de Bernaville n’apparaît pas dans les listes publiées à ce jour. Sans ce type de labellisation, la probabilité qu’un repreneur industriel s’installe rapidement est faible : les coûts de dépollution non couverts, combinés à l’isolement géographique d’une commune rurale de la Somme, constituent des freins objectifs.
- Labellisation « clé en main » : nécessite un diagnostic environnemental complet, une maîtrise foncière clarifiée et des raccordements réseaux documentés. Sans engagement d’Albea sur ces points, le site ne peut pas entrer dans ce dispositif.
- Fonds de transition juste des territoires (FTJ) : mobilisable pour accompagner des zones touchées par des fermetures industrielles, notamment en finançant des études de reconversion ou des projets alternatifs. Son déclenchement dépend d’une démarche portée par les collectivités locales.
- Dépôt de bilan ou cession : si Albea cède le foncier sans avoir réalisé la dépollution, l’acquéreur hérite potentiellement d’un passif environnemental non chiffré, ce qui décourage tout repreneur sérieux.
La Somme a connu plusieurs fermetures industrielles ces dernières années. Un site sans repreneur identifié tend vers la friche longue durée, dont la gestion pèse sur le dernier exploitant ou sur les autorités publiques compétentes.
Emplois supprimés : que sont devenus les 68 salariés de la SFG ?
Le PSE signé dans le cadre de la fermeture de la SFG prévoit des mesures de reclassement, sans que leur contenu précis ne soit documenté dans les sources disponibles. La galvanoplastie est un métier technique avec des compétences transférables vers d’autres secteurs du traitement de surface ou de la chimie industrielle, mais le bassin d’emploi de Bernaville ne concentre pas d’entreprises susceptibles d’absorber rapidement un tel volume de profils.
La CGT, dans son recensement des plans de licenciement, liste la SFG parmi les suppressions d’emplois industriels dans les Hauts-de-France entre 2023 et 2026. 68 emplois dans une commune rurale de la Somme représentent un poids économique local disproportionné par rapport à ce que suggère l’échelle nationale du dossier.
La question posée par la FCE-CFDT dès l’annonce de la fermeture – trouver des solutions alternatives plutôt que de simplement accompagner les départs – n’a pas obtenu de réponse industrielle concrète à ce stade. Le reclassement individuel, même bien conduit, ne reconstitue pas un tissu économique local.
Avenir de la SFG en 2026 : les indicateurs à surveiller
Trois signaux concrets permettront de mesurer si la situation évolue vers une reconversion réelle ou vers une friche durable :
- Publication du diagnostic ICPE par Albea ou par les autorités préfectorales : sans ce document, aucun repreneur sérieux ne peut se positionner sur le foncier.
- Engagement des collectivités locales (commune de Bernaville, Communauté de communes, Conseil départemental de la Somme) dans une démarche de portage foncier ou de demande de labellisation « site clé en main ».
- Suivi du taux de reclassement effectif des 68 salariés à 12 mois : c’est l’indicateur RH qui distingue un PSE bien exécuté d’un PSE formel.
La galvanoplastie reste un secteur en tension entre contraintes environnementales croissantes et demande industrielle maintenue dans des filières comme l’emballage cosmétique ou l’électronique. La fermeture de la SFG n’est pas un cas isolé dans la filière, mais le devenir du site de Bernaville dépend moins de la conjoncture sectorielle que de décisions administratives et financières qui se jouent dans les prochains mois.

